• Mathilde Boileau

ROME, UN PAS VERS MOI

Mis à jour : 7 janv. 2019

Tous les chemins mènent à Rome, c'est vérifié

RETOUR À LA CASE MAISON

La première étape du tour de moi-même s’est achevée jeudi 20 décembre. Rien ne s’est passé comme prévu car rien n’était prévu. Je me sens bien, libre. J’ai retrouvé cette énergie qui me faisait défaut. Elle était là, en moi, écrasée par le poids des responsabilités. Écrasée par cette vie terne qui ne me ressemblait pas. “Le voyage est un retour vers l’essentiel” nous dit un proverbe Tibétain. Par lui, je (re)découvre peu à peu mes aspirations profondes.


UN PEU DE TOI EN MOI OU UN PEU DE MOI EN TOI

Dans les prémices de ma présentation du tour de moi-même j’avais fait un voeu : je souhaitais que chaque rencontre change ma vie durant mon voyage. Je reconnais aujourd’hui l’excessivité de la demande. On ne se refait pas. Je m’emballe, je m’emballe.


Cependant en deux semaines de voyage, j’ai fait des rencontres stimulantes comme jamais. J’ai expérimenté l’effet miroir. Ce fameux effet miroir. Je vois ça comme un coup de pouce de l’univers aux blocages personnels. Il te pose sur ton chemin une personne qui par un mot, une remarque ou en te confiant une bribe de son existence te fait dire “mais c’est un peu moi ça !”. Alors, tu deviens encore plus attentif. Tu essayes de comprendre comment il a pu en arriver là. Tu essayes de comprendre qu’elle a été son mécanisme de libération. Ou alors tu as envie l’aider, lui. Et, finalement, tu t’aides toi-même.


Alors non, chaque rencontre n’a pas changé ma vie, mon vœu était trop présomptueux. Néanmoins, lorsque j’ai conversé intensément avec des inconnus, j’avais l’impression à chaque fois qu’ils étaient porteurs d’un message à mon intention. Et à l’inverse, sans toujours pouvoir saisir lequel, j’étais un message pour eux. C’est donnant donnant comme on dit. Ces rencontres m’ont également permis de parler de ma vie d’avant, celle qui me semble aussi lointaine que la planète Mars. Et thérapeutiquement parlant, c’était chouette.


J’ai adoré ma rencontre dans le premier covoiturage avec Azur. Sa réaction pour mon projet semblait alterner entre “tu es complètement folle” et “c’est génial ce que tu entreprends”. Elle m’a ramené un an en arrière quand j’avais cette ambivalence entre émerveillement et incompréhension lorsque les gens partaient voyager. Je me disais “moi je ne pourrais jamais faire ça”. Ne jamais dire jamais. Chacun a ses propres raisons qui empêchent un départ. Chacun a ses propres peurs, ses propres limitations.


Moi, j’en mourrais d’envie de partir ! J’avais des étoiles dans les yeux lorsque mes amis me racontaient leurs péripéties de roadtrip au Canada, en Asie, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Mais je me disais “non Mathilde, tu ne pourras pas”.


Seule avec Villefranche-sur-mer

PEUR QUAND TU NOUS TIENS

Pourquoi ? J’avais peur de manquer de nourriture. Ça parait fou quand je l’écris comme ça. Pour mieux comprendre cette peur, je dois vous parler d’une particularité alimentaire et d’un évènement précis de ma vie.


Depuis ma naissance, je suis intolérante au sucre naturel. Ça signifie que je dois exclure de mon alimentation les fruits, quelques légumes et tous les aliments modifiés style gâteaux, biscuits. Ce n’est pas du diabète, c’est une fructosémie, maladie peu connue et sans aucune gravité à partir du moment où le régime exclut les aliments concernés. Ce que j’ai fait toute ma vie.


Autre focus sur un événement personnel : au lycée, en terminale, je devais cocher des cases pour déterminer la suite de mon avenir professionnel. Mais je ne me sentais pas du tout mature pour faire ce choix. Je ne savais absolument pas ce que je voulais faire. Alors, j’avais voulu faire comme un camarade de classe qui était parti un an aux Etats-Unis. J’ai voulu faire “a Gap year”. Je refaisais là-bas mon année de terminal en anglais. Le dossier était rempli. Ma décision était réfléchie : je voulais partir. Malheureusement, mon père ne m’a pas laissé partir. Il craignait pour ma sécurité là-bas, il ne se sentait pas prêt à cette séparation. J’aurais pu m’arranger pour partir sans son accord, mais nos relations se seraient dégradées, je ne voulais pas prendre ce risque. Je ne suis donc pas partie. Je me suis engagée dans une formation de commerce que j’ai détesté. J’avais coché la mauvaise case.


Je vous raconte cette histoire, non pas pour dire que je suis en colère contre mon père car ce n’est pas le cas, ce n’est plus le cas. Un de mes principes spirituels est que les événements arrivent quand ils doivent arriver et c’est la seule chose qui pouvait arriver. Ça ne sert à rien de vouloir changer le passé. Let it be. Lâchez prise.


Si cet évènement est important, c’est qu’à l’époque, pour arriver à oublier ce voyage avorté je me suis répétée une phrase pendant de nombreux mois : “de toute façon aux Etats-Unis je n’aurais pas pu manger convenablement“. Je voyais les États-Unis comme le pays du hamburger, du sucre, du coca-cola. J’en ai oublié que les légumes, les patates et les protéines animales existaient partout dans le monde. Finalement, je me suis créée mon blocage. Toute seule. Comme une grande. Sans le vouloir.


APPRENDRE À M’AIMER OU APPRENDRE À MANGER

L’année dernière, à la même période, j’étais prise dans la spirale de l’hyperactivité car lorsque je m’arrêtais, je sentais mon corps qui m’appelait à l’aide. Et je paniquais. Je ne savais pas comment l’aider. J’ai voulu commencer à l’aider en rééquilibrant mon alimentation. Je ne savais pas cuisiner. Je ne prenais pas soin de moi.


Pendant longtemps, je faisais comme si je m’en foutais, car ma famille me mettait en alerte. Mais j’entendais blabla. Puis j’ai passé des vacances dans le sud de la France qui ont été un cauchemar. Je n’étais pas parvenue à me reposer. Sans bien comprendre pourquoi. Globalement, j’avais des baisses de forme récurrentes. J’étais fatiguée. Trop souvent. Quasiment tout le temps en fait. Sans comprendre.


Un mois avant la date fatidique j’avais pris rendez-vous chez une diététicienne qui allait m’apprendre à comment rééquilibrer mon alimentation. Je prenais conscience qu’il se passait quelque chose dans mon corps. J’étais persuadée que ça venait de la nourriture. J’avais perdu du poids. Je pesais aux alentours des 56 kilos pour 1m75. C’était peu. Alors je m’étais donné un objectif car j’adore les challenges : grossir pour me sentir plus en forme en seulement quelques semaines.


J’ai appliqué scrupuleusement tous les conseils de la diététicienne. J’ai contrôlé mes rations de viandes, de féculents, rajouté des légumes à mes repas. Cependant, je n’avais jamais faim. Jamais. Je me sentais de plus en plus mal. Comme mon énergie diminuait, j’ai décidé de rajouter des goûters entre mes repas. Un morceau de fromage avec un morceau de pain. Midi et après-midi. Je n’avais toujours pas faim. Pourtant, je mangeais car il fallait manger et je me disais qu’en respectant les conseils de pro, je prendrais du poids. En respectant les consignes je finirais forcément par aller mieux.


J’étais très angoissée. J’avais l’impression de tomber dans une forme d'anorexie mentale, ou boulimie mentale d’ailleurs. Quelque chose ne tournait pas rond. Ma santé était de pire en pire. Mais quoi ? Qu’est-ce-qui n’allait pas ? Je faisais tout comme on me disait maintenant. J’étais devenue tellement inquiète et stressée que je ne me rendais même plus compte que je l’étais. Et pourtant…


Nice, en haut de la colline

LE STRESS CE (Z)HÉROS

Une année s’est écoulée depuis et j’ai une nouvelle prise de conscience : mon corps était bouffé par le stress. Du stress, du stress et encore du stress. C’est une sacrée saloperie ce stress. Bien sûr, il peut être positif à certains moments de nos vies. L’adrénaline permet de se dépasser. Mais moi, il m’a fait sombrer. C’est lui qui m'empêchait de dormir. C’est lui qui m'empêchait de digérer. C’est lui qui m’empêchait de grossir. C’est lui m'empêchait de me sentir bien. Il le pouvait parce que je n’avais pas conscience de son impact sur mon corps. Je ne le sentais pas. Car je n’écoutais pas mon corps. Mon système nerveux était soumis à une telle pression qu’en plus de la fatigue physique dû à mon rythme de vie effréné, mes pensées étaient toxiques à cause de l’angoisse.


Foutu stress.


D’ailleurs, si la première étape du tour de moi-même n’a duré que deux semaines c’est parce que je pensais encore que je n’étais pas pleinement guérie. Je croyais que j’avais encore des séquelles physiques de mon burnout. Après seulement deux semaines, je suis rassurée. J’ai déniché le dernier rempart à ma guérison : comprendre que le stress est un poison pour l’organisme. Lors d’un pic de stress, mon corps réagit mal et je retombe dans mes travers avec divers symptômes comme des maux de tête, des fourmillements, des acouphènes, des angoisses exagérées. Une amie kiné m’a dit que le corps avait comme une mémoire cellulaire. J’ai l’impression que le mien se souvient de la torture que je lui ai fait endurer.

Cependant, je parviens à noter quand je suis stressée désormais. Et ça change tout. Je pratique alors quelque chose des plus simples et des plus efficaces : je respire. Par le nez. Calmement. Sans me presser. Et je verbalise pourquoi je suis stressée. Dans 95 % des cas, la pression retombe. C’est presque de la magie.


À QUI LE TOUR ?

La première étape du tour de moi-même m’a confirmé l’inconfirmable : je peux manger partout. J’ai mangé chinois, japonais, turc, niçois, italien, breton. J’ai tenté le portugais mais il était fermé.


Cette peur de manquer de nourriture, cette peur de mal manger, elle a disparu. Pouf. Envolée. Je l’ai fait sauter comme un bouchon de champagne. Je ne suis désormais plus esclave de la nourriture. Mon mental prenait le dessus sur mon intuition. Car je savais que ça irait. Mais je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser.


Depuis, j’ai aussi appris une règle essentielle sur l’alimentation : lorsque l’on n’a pas faim, autant ne pas manger. La faim physiologique, celle qui mène à la mort, apparaît au bout de 40 jours. Louper un repas, ou décaler une heure de souper ne nuit pas à ma santé. Au contraire. Dans ma situation, j’étais en surconsommation alimentaire. Sans le savoir, j’ai fait overdose de nourriture. Par peur de manquer, j’encrassais mon système digestif qui demandait juste un peu de paix pour se désencombrer.


L’INTUITION CULINAIRE, À TESTER SANS LIMITE

J’ai aussi testé une nouvelle méthode de découverte culinaire en voyage. Lorsque j’avais faim, ou lorsque je me retrouvais devant une carte ou un étalage de nourriture, je demandais à mon corps “hey body, de quoi t’as envie ?”


Vous imaginez bien qu’il ne me répondait pas clairement. L’idée c’était par contre que je prenais ce qui me paraissait léger. Je regarderais à peine la composition du plat. Si c’était léger, c’est que mon corps en avait envie. Avec cette écoute de mon intuition, je ne me suis jamais trompée. Jamais. Parfois par contre, je mangeais trop. La gourmandise commence quand on n’a plus faim. Mince, je ne suis pas parfaite !


Antibes, une magnifique découverte

VOYAGE VOYAGE, SI LOIN QUE LA NUIT ET LE JOUR

Je vous ai confié ma limitation. Pourquoi je n'étais jamais partie loin de chez moi. Mon inquiétude pour la nourriture était une construction mentale dont je n’avais pas conscience. Il m’a fallu faire un burnout pour remonter dix ans en arrière et désamorcer ce mécanisme. On se retient de partir parce qu’on a peur. Et on finit par partir pour vaincre la peur.


Après il est vrai que j’ai les moyens de partir. J’ai les moyens de le faire de cette manière. Mais si j’avais eu des finances moins saines, je serais partie malgré tout. Cela aurait pu être en mission humanitaire, en jeune fille au pair, en woofing, avec un permis vacances-travail. Peu importe. Je serais partie, parce que ce voyage, j’en ai besoin.


Mais il ne faut pas partir à tout prix. Il ne faut pas partir sur un coup de tête. J’ai mis 10 mois à quitter mon travail alors que depuis le début je savais que ce serait plus simple si j’arrêtais tout. Mais il était urgent pour moi de ne rien faire. Car je devais comprendre ce qui m’était arrivé. Je devais prendre le temps de trouver mon type de voyage, mon pays ou plus simplement ma manière de partir. Je ne cherchais pas à fuir, encore une fois. Je cherchais à me reconstruire. Là est toute la différence.


Faire le grand saut ?

LÂCHER-PRISE, LE CADEAU DE MOI À MOI

On se trouve des prétextes pour ne pas partir : peur de la banqueroute, peur de se sentir comme Rémi sans ami, peur que papa et maman soit déçus… Je sais que tout le monde n’est pas fait pour partir voyager. Néanmoins, ce que je dis pour le voyage ça s’applique à d’autres niveaux dans la vie. Si je fais ce blog, c’est que j’ai envie de vous emmener avec moi dans la folle aventure du lâchez prise. ”Feels the fear but do it anyway” m’a donné comme conseil une amie il y a bien longtemps.


La premier nom du tour de moi-même dans mes documents était “mon projet fou”. Parce qu’avant, j’étais une obsédée du contrôle, la reine de l’agenda chronométré. Je prévoyais ma vie à l’heure prêt car j’avais peur de m’ennuyer. Pourtant, ce projet, il n’est pas fou du tout. Il est des plus rationnels. Je prévois mes voyages. Je fais attention quand je pars. Je ne donne pas 300 € à tous les inconnus que je croise (une fois ça m’a suffit). Je ne me mets pas en danger.


Après un travail de développement personnel approfondie, je ne laisse plus mon mental décider de ma vie. Mon intuition est la clé pour prendre les chemins qui me plaisent. Car le mental ne sait rien. Des fois (souvent) il revient à la charge. J’en ai besoin de ce mental parce qu’il m’aide à organiser ma vie. Cependant je ne le laisse pas décider de tout. La première fois que je suis allée chez ma thérapeute, elle m’a demandé à combien j’estimais le pourcentage utilisation mental/intuition. J’ai donné le chiffre 90/10. Aujourd’hui, je serais plutôt autour des 40-60. En juillet, j’étais à 90 % de mental, désormais je suis à 40 %. Well done girl !


Le mental, c’est lui qui nous crée toutes ces peurs. Il aime les habitudes, la routine. L’intuition, elle, elle aime l’aventure, la création, la nouveauté. Elle veut vibrer à chaque instant. Une vie équilibrée est un bon mix des deux.


Vous avez sans doute l’impression que je suis une ambassadrice invétérée du voyage. Ce n’est pas l’objet de mon article. Je veux simplement dire qu’on a des croyances limitantes qui nous empêchent de nous épanouir. On peut travailler dessus pour s’en détacher. Rien n’est définitif. Des professionnels de la médecine allopathique (alternative) sont là pour nous aider : thérapeute énergéticienne, kinésiologue, acupuncteur, naturopathe. Ça a fonctionné pour moi. Souvent, on refuse de s’accorder un droit inhérent à l’être humain : le droit d’être heureux. Ça commence par prendre soin de soi.


J'aimais bien cette feuille. Alors on a fait une photo.

J’AI DÉCIDÉ D’ÊTRE HEUREUSE PARCE QUE C’EST BON POUR LA SANTÉ

En septembre dernier, je vivais aussi bien que depuis une dizaine d’années. Mais je me suis dit que ce n’était pas suffisant. J’en avais assez de faire plaisir aux autres pour obtenir de la reconnaissance. Soudain, j’ai décidé d’être égoïste. Et en voulant être égoïste, j’apprends à m’aimer et alors je deviens plus heureuse, je deviens plus consciente. Paradoxalement, je crois apporter davantage à mon entourage car je deviens qui je dois être. Je fais briller ma propre lumière.


Alors partez. Osez. Donnez-vous le droit d’être heureux. Le premier tour de moi-même m’a complètement retournée. Pour mon plus grand bien. Pour mon plus grand bonheur. Je me sens heureuse comme l’enfant de 5 ans qui saute dans une flaque d’eau en éclatant de rire alors qu’il est trempé.


Avant de partir vérifier le dicton “tous les chemins mènent à Rome” je ne trouvais pas LA bonne raison pour voyager. Ça me bloquait. Même si une citation de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier nous dit :“un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.”, j’ai découvert LA bonne raison pour sauter le pas : se sentir vivant.


À chaque instant.

Vivante.

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J'ai décidé de partir faire le tour de moi-même et je vous amène avec moi dans ma folle aventure. 

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