• Mathilde Boileau

L'AVENTURE PAISIBLE, Épisode 2


Chefchaouen, la ville bleue

JOUR 2

À part parler de religion, j’ai aussi eu l’opportunité de rencontrer des familles Marocaines. Et quelle culture de l’accueil ! La famille de Sophia m’a invitée à dormir chez elle. On s’était rencontré la veille par l’intermédiaire de l’application de couchsurfing. Franchement, ils avaient l’air hyper heureux de me recevoir. Moi j’étais pas très à l’aise dans l’exercice de l’invitée. C’est difficile de n’avoir aucun repère et d’être obligée de demander où se trouvent les toilettes, si je peux faire chauffer de l’eau, si je peux avoir une couverture supplémentaire… et surtout j’avais mangé un tajine qui m’avait rendue malade à cause de la tomate.


La veille, après une bien courte nuit puisque j’avais débarqué en bateau le matin même, mon aubergiste m’avait amenée au café Hassan. Je m’étais prévue une soirée tranquille. Je ne souhaitais rencontrer personne, juste me reposer pour être en forme pour visiter la ville le lendemain.


Arrivant au bout de mon tajine, que je trouve bon malgré la tomate, je vois une dame s'asseoir à la table voisine : c’est Manuela. Elle cherche à rentrer en communication avec des italiennes à sa droite, pas franchement loquaces. Elle parle italien avec elles, puis français et anglais au serveur, et je l’entends se présenter comme portugaise.


De fil en aiguille, je l’aide pour qu’elle choisisse son plat. On se met à discuter. Elle a un parcours extrêmement riche en rebondissements. Il s’agit d’une chercheuse en biologie spécialisée en nutrition. Elle a également écrit des livres sur l’alimentation anthropologique dont plusieurs ont gagné des prix. Je suis scotchée quand elle me les montre plus tard dans la soirée. Elle a également participé à des missions pour l’ONU. En plus de ça, elle est ouverte sur le monde et ça nous permet d’échanger de manière très intense. Je lui propose de la raccompagner jusqu’à son hôtel après le repas.


Sur le chemin du retour, on est accosté par un épicier à la bouille adorable. Il nous présente ses produits avec une telle énergie qu’on tombe mutuellement sous le charme. Il remarque mon instrument, il me demande “violon” ? Je lui dit “non, ukulélé.” Je le sors. Et dans la folie de l’instant, je me mets à jouer un air de mon répertoire, Lookin’ for your blues. Il se met à danser et à chanter. Manuela immortalise l’instant.



Tawfik, l'épicier enjoué

Le lendemain Manuela m’a même accompagnée chez Sophia et sa famille. Elle est partie plus tôt mais ce fut sympathique de la revoir. Elle avait passé la matinée à parcourir les marchés locaux. C’est également l’une de mes activités favorites en voyage. Grâce à elle, j’ai aussi découvert que l'ancêtre du ukulélé était le Cavaquinho, venant tout droit de Madère, une île portugaise.


Après m’être égarée sur une pâtisserie en croyant que c’étaient des gâteaux apéros, le frère de Sophia, Badr, appelle ses copains musiciens et ça se transforme en soirée partage musical. Je chantais Aïcha avec leur sœur et Youssef, un ami de Badr, nous fait même un petit rap’ en arabe sur un air de ukulélé. Ça restera à jamais dans mon esprit !


Le lendemain, Badr m’a conduite jusqu’à la station de taxis partagés pour ma prochaine destination Chefchaouen. Lors de cette course, je lui parle de mon projet de blog, de vidéos, de musique du Tour de moi-même. Je lui donne un sticker. Et voilà qu’il a une idée dingue comme je les aime : si on faisait un film ensemble ? J’ai mon cœur qui s’emballe.


Il reste rationnel puisqu’il est en train de monter un restaurant au pied de la maison familiale mais il rêve depuis des années de faire un film. Après quelques échanges enflammés et des promesses pleines d’espoir sur le délai pour ce beau projet, je monte dans un taxi, je me mets à rêver.


JOUR 3

Le taxi fonce vers Chefchaouen, la ville bleue, dont on m’a dit tant de bien. Et effectivement, c’est magnifique. Je dirais même magique. J’ai été jusqu’à grimper une montagne sans trop le faire exprès. Je sentais mon corps à peine prêt pour partir en randonnée, alors j’avais renoncé à faire un trek dans le parc national de Talassemtane. J’ai écouté mon corps et non pas mon égo, souvent difficile de faire la distinction entre les deux. Mais le destin allait en décider autrement. Je croise Rahmed, au détour d’une rue de la Médina, il deviendra mon guide, instigateur de la randonnée sans le faire exprès.


JOUR 4

Ancien professeur d’anglais, polyglotte de surcroît (7 langues), il m’a fait gravir la montagne sans vraiment que je le sache, pas à pas, sans se presser, suivant sans le savoir l’un des principes clés de ma nouvelle vie. Il m’a dit “je te sens en forme pour monter” alors que nous avions prévu de visiter uniquement la ville bleue. Ce jour là j’allais bien et le soleil brillait. Et comme je ne refuse jamais une proposition qui sonne bien, c’était parti pour la montée. Je n’ai pas demandé jusqu’où. Je me suis laissée aller.


J’ai vécu un de mes plus beaux moments quand il m’a fait cueillir du thym sauvage. J’en ai retiré délicatement une tige, et je l’ai dégusté comme si c’était un whisky de 20 ans d’âge. Je me suis sentie envahi d’un sentiment étrange de fierté.


Puis on a gravi la montagne pendant 4 heures. 4 heures !


En arrivant dans la ville de Kala après notre marche, nous avons frappé chez l’habitant et demandé l’hospitalité. L’imam du coin était absent, un ami à lui gardait la maison.



En attendant l'imam

Une famille de fermiers nous a servi sur un plateau des olives, de l’huile d’olive, du pain et du sucre. Le couple de brésiliens que nous avions croisé en chemin y a ajouté du chocolat noir et des noix. J’ai trouvé ça beau. Offrir l’hospitalité à des inconnus qui ont faim fait partie des 5 piliers de l’Islam. Les quatre autres étant : ne reconnaître qu’un seul dieu, faire les cinq prières par jour, garantir l’aumône aux nécessiteux et effectuer une fois dans sa vie un pèlerinage pour la Mecque.


Sans aucune logique connue, la famille nous a remerciés à de nombreuses reprises. Ils avaient l’air tellement heureux de nous recevoir j’ai trouvé ça incroyable.


Aussi, j’ai été assez fière de moi car je n’avais rien prévu à manger n’étant pas prévenue de cette escapade. Mais je n’ai pas stressé. Je sentais que tout allait bien se passer. Mon intolérance au sucre me rend plus vulnérable car je dois maintenir ma glycémie à un niveau stable pour éviter de tomber dans les pommes. Ça ne m’est pas arrivé depuis plus d’une décennie car j’étais tellement obsédée par la nourriture que je mangeais plutôt deux fois qu’une. Et surtout, je ne faisais plus aucun effort physique depuis cinq ans. Ce fut donc un bon test pour voir que je m’étais sortie de cette peur handicapante de manquer de nourriture. Du moins elle n’était plus aussi forte. Je maîtrise mieux.


Nous avons ensuite redescendu tranquillement la montagne, nous sommes arrivés 6 heures après notre départ. Cette journée résume bien mon périple marocain : une aventure paisible. Le chemin vers Rome a été plein d’excitations et de folies. Celui-ci est plus serein. Remettre les pieds sur terre m’apaise en fin de compte.


Rahmed, mon guide, m’a parlé de la ville où il a étudié il y a quelques années : Martil. Elle se trouve près de la mer, un peu plus au Nord. Il me dit que là-bas je pourrai trouver certainement des étudiants et des étudiantes. Je trouve ça intéressant. Ça m’inspire.


Alors j’ai foncé à Martil, station balnéaire par excellence, du style Saint Jean de Monts.


La suite bientôt,


En attendant, prenez soin de vous.



Martil, t'as ton style

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