• Mathilde Boileau

L'AVENTURE PAISIBLE - Épisode 1

Mis à jour : 2 mars 2019


Mes aventures Maghrébines se sont achevées. Je suis déçue car il y a de nombreux endroits où je n’ai pas pu me rendre, mais Cuba approchant, il me fallait rentrer. On ne peut pas être partout.


La vie fut simple durant un mois. Riche, intense et simple. Ça fait du bien.


Après Barcelone, où je passe quelques jours, je débarque à Tanger le lundi 04 février dans la nuit.


JOUR 1

J’ai réalisé un de mes challenges de voyage dès le premier jour : dormir chez une inconnue rencontré quelques heures auparavant. Il s’agit de ma camarade de couchette du bateau, Fatima. Étant donné que j’ai découvert en montant sur le paquebot qu’il arriverait en pleine nuit, on peut dire que j’ai eu de la chance. Je n’avais pas réservé d’hôtel et la wi-fi coûtait un bras. Merci Fatima. Tu fus une belle rencontre.


Cette mama Marocaine vit en France depuis ses dix ans. Elle est ce-qu’on appelle une MRE (Marocain résident à l’étranger). Un statut assez clair mais qui a pour conséquences qu'elle se sente le Q entre deux chaises, si vous m’accordez l’expression. Pour les marocains, elle est française et pour les français, elle est marocaine. Elle me parle avec des étoiles dans les yeux de ses trois fils qu’elle vénère sans limite. Elle a une goule sans pareil et je vais vivre grâce à elle une belle immersion dans le monde musulman. Le premier soir, nous avons échangé sur nos vies jusqu’à je crois 2 heures du matin. Ramadan, prière, famille, habitudes, presque tout y passe. Le bateau tangue, et je crains d’être malade, mais à croire que j’ai du sang de pirate car si je ne trouve pas le sommeil rapidement, avec une chambre sans hublot et sans climatisation malgré une chaleur étouffante, je fis la traversée sans dégât.


Je me crois presque dans TItanic

Durant cette première soirée, nous avons assisté à un concert de musique avec Sahid, le DJ local. Il m’a fait bien marrer ce Sahid, et surtout je me rends compte à quel point j’adore les sonorités de la musique arabe. Bon par contre il ne lésine pas sur le volume sonore... j'ai les tympans qui crient au secours !


Je vous cache pas non plus que mon cœur s’est emballé quand j’ai vu qu’il y avait un concert et je me suis directement imaginer faire un duo avec lui. Ni une, ni deux, le lendemain, on croise notre musicien inspiré dans un couloir, Fatima lui demande s’il serait d’accord pour une petite collaboration. Je l’entends répondre “paaas de problème”. Allez c’est parti, on va mettre le feu !


Chaque fois que je m’emballe, ça finit mal, cette collaboration ne déroge pas à la règle. Heureusement personne n’a pensé à filmer ce bel échec, excellent pour l’égo. Les quelques français présents dans la salle sont venus me féliciter après… pour avoir réussi à jouer ma chanson jusqu’au bout ! C’était un medley Kyo / Aïsha que j’aime bien faire tourner ici au Maroc. Je l’ai mis en ligne sur Soundcloud ici.


DÉBARQUEMENT IMMÉDIAT POUR L'AVENTURE

Le bateau s'amarre vers minuit. J’ai à peine le temps de dire au revoir à mes nouveaux copains Raoul et Aïsha, mon donneur de cacahuètes préféré Mohammed, et surtout la courageuse association eau-soleil qui descendait de Grenoble jusqu’au Sénégal avec un camion et une voiture chargée de donations pour une école locale. Chapeau bas les gars (et Karine) ! D'ailleurs, si vous me lisez, j’espère que vous avez passé la Mauritanie sans trop de danger.


J’ai aussi l’espace d’un instant imaginé partir avec eux, mais après je me suis ressaisie. Mener ma barque toute seule est ce qu'il me faut pour le moment... et puis de toutes façons, ils n'avaient pas de place pour moi.


Après la très impressionnante sortie du bateau des véhicules, on a fini par passer la douane vers 2h, 2h30. Je n’en pouvais plus. Et Fatima m’avait fait une bonne surprise. Elle m’avait prévenue qu’elle tenait à ce qu’on décharge son coffre en arrivant et j’étais enchantée de pouvoir l’aider. Néanmoins, son coffre était en fait tout l’arrière de son SUV (petit 4x4). Et Fatima n’est pas du genre organisée-organisée. Rien n’était dans des sacs. Bien sûr, elle habitait au deuxième étage sans ascenseur d’une résidence située à 40 minutes du point d’arrivée du bateau. Bref, ce fut un bon échange de services : un lit contre un emménagement nocturne.


Je me suis sentie assez mal quand en arrivant on a découvert qu’il n’y avait pas d’eau au robinet. Se retrouver à 4 h 30 du matin sans eau, sans possibilité de faire pipi, sans téléphone et sans aucun repère et bien je vous dit qu’il s'est passé pas mal de trucs dans mon esprit. C’était un départ comme il faut, un départ pour remettre les pendules à l’heure et pour un message transparent : tu voulais de l’aventure alors en voilà un peu ! Heureusement, elle avait les même tongs que moi ça m'a rassurée.


ÇA IRA MIEUX DEMAIN

Au réveil, après une courte nuit de sommeil, on avait récupéré l’eau du robinet, que je ne pouvais pas boire car j’avais lu dans tous les livres de voyageurs qu’il ne fallait SURTOUT PAS BOIRE L’EAU DU ROBINET. Un comble quand on s’appelle Boileau. Alors, je quittai ma sauveuse relative Fatima pour me diriger vers la grande ville de Tanger sans eau potable, sans moyen de communication et sans vraiment savoir ce qui m’attendait.


Je patientais à l’arrêt de bus qui allait m’emmener en centre-ville de Tanger. Ce fut de longues minutes de solitude. Les gens n’avaient pas l’air de vraiment s’ouvrir à moi. Je restais silencieuse et fis quelques programmations positives dans ma tête : “Tout va bien se passer, tu dois juste trouver un bureau de change puis un opérateur téléphonique”. Je me donnais des objectifs de courtes durées dans ce que je pourrais appeler ma nouvelle jungle urbaine.


Et devinez quoi ? Tout s’est bien passé. En une heure, le programme était bouclé. Et en plus j’étais hyper fière de moi. Je m’empressai de rassurer mes proches sur mon arrivée à Tanger, je trouvai un restaurant. Et je pris le temps de respirer. J’avais reçu un message de ma couchsurfeuse potentielle, Sophie Bel, qui m’annonçait qu’elle serait de retour sur Tanger dans l’après midi et me proposait de la retrouver près de la Médina. Je me consultai car j rêvais d’une vraie nuit de sommeil. Alors j'ai choisis plutôt un hôtel pour la première nuit, au Dar Hotel Medina. Magnifique. Avec une terrasse splendide et un personnel au petit soin. Comme partout au Maroc d’ailleurs.


On se retrouva pour aller boire un thé au Café Hafa qui offre une vue à couper le souffle sur le détroit de Gibraltar, comme vous pouvez le voir ci-dessous, et on voit même apparaître au loin la ville de Tarifa, qui sépare par une ligne invisible l’océan atlantique de la mer méditerranée.


La vue sur l'Océan Atlantique du Café Hafa de Tanger

Sophia vint me chercher à la porte de la Médina dans son automobile. Une légère gêne est présente, l’incontournable invitée des premières rencontres. Cependant, rapidement, les langues se délient et j’en apprends plus sur elle et sa famille. Je me retrouve à poser tous un tas de questions sur sa culture et surtout sur sa religion. Sans bien comprendre ce qui me pousse à faire ça, j’écoute attentivement ce qui m’est confié, comme avec Fatima ma coloc’ d’une nuit. Je me rends compte que je n’y connais strictement rien en matière de religion, mais surtout sur l’Islam. À chaque fois que j’entame des discussions sur le port du voile, sur l’image de la femme ou simplement sur la manière dont les musulmans pratiquent leur religion avec les prières, le Ramadan, les valeurs transmises, je suis frappée par mon ignorance. Je réalise que la seule chose que je connais de l’Islam c’est l’Islamisme. Ce sont les attentats. L’Islam j’en ai presque peur. Quelle tristesse. Parce que l’Islam ce n’est pas ça.


Au fil des semaines, j’ai eu l’opportunité de parler de religion avec presqu’une dizaine de personnes. Je l’ai fait en tant que spectatrice curieuse de découvrir un sujet que je ne connaissais pas. Avec une volonté de non-jugement malgré mes a-prioris. À chaque fois qu'on abordait ce thème, j'étais prise d'une passion incroyable que je ne me suis pas connue souvent. Le besoin de comprendre était très fort.


Je suis de celles qui ont été marqué à jamais par les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Si je ne me rappelle pas où j’étais lors du 11 septembre 2001, ou lors de l’attentat de Charlie Hebdo, je me souviens de toute ma soirée du vendredi 13 novembre 2015. Je me souviens surtout que c’est le jour où j’ai décidé d’éteindre ma télévision, du moins les chaînes d’informations. On m’a toujours dit “si tu ne sais pas, tu ne parles pas”. Et eux, ils ont fait tout l’inverse. Ils font tout l'inverse.


Je me suis promis que plus jamais, plus jamais à moins d’en être contrainte, je ne regarderais les émissions médiatico-commerciales, qui sont pour moi les développeurs officiels de la psychose ambiante.


Ce jour là, mon cerveau a fait comme une reconnexion. J’ai compris que la France allait mal. J'ai réalisé que vouloir faire du sensationnel télévisuel était malsain. Depuis, je conserve seulement la plus célèbre des plateformes de séries et films. Ma santé mentale s'en porte bien mieux.


ASSEZ FOUINER, COMMENCE À VOYAGER

Je ne peux pas m'empêcher d’avoir peur de ce que je ne connais pas. Si je savais que in fine, l’Islam n’était pas mauvais en soi, j’avais du mal à trouver les arguments pour contredire ceux qui font l’amalgame entre Islam et Islamisme. J'ai l'impression que la principale incompréhension réside dans le port du voile. On n’arrive pas à s’imaginer comment on peut demander à une femme de se cacher le visage, de faire la cuisine, de rester chez elle à élever les enfants et pourtant porter la mère au rang de reine.


Par exemple Sophia, qui n'a pas encore fait le choix de porter le voile, me confie que ce sera une fierté pour elle. Je vous avoue que j’ai toujours pas bien compris cette partie là mais je perds pas espoir.


Lorsque j’évoque Daech, Al Qaïda, le terrorisme dans son ensemble, la réponse de mes rencontres est unanime : ce n’est pas l’Islam ça. L’Islam prône la paix. L’Islam exige le respect de tous, quelque soit sa couleur, son origine ou même sa religion. L’Islam est une religion qui est pleine d’amour, de foi en la vie et de partage. Quelqu’un qui se fait exploser au nom de la religion n’est pas un religieux, c’est un extrémiste. Il est perdu.


L’Islam, comme toutes les autres religions, est basée sur de beaux principes spirituels, pas toujours bien appliqués.


Mes discussions enflammées m’ont ouvert davantage l’esprit. Je suis tombée seulement sur un individu qui m’a mise particulièrement mal à l’aise. Pour lui, la plupart des maux de notre société occidentale aurait pour origine la disparition d'un modèle familial stable. Il affirme notamment que comme les enfants ne sont pas suffisamment au contact de la peau de leur mère, la plupart des maladies viennent de là comme les maladies psychiatriques, le burnout et il inclut aussi l'homosexualité (illégale au Maroc).


Je ne peux pas soutenir ce genre de propos. Ma thérapeute me dit toujours “c’est un point de vue, il ne faut pas juger” mais là je ne peux pas. C’est plus fort que moi. Je tente de débattre. Mais le personnage est plus qu’auto-convaincu, rien à y faire. “La place de la femme est à la maison”. Ok. Je laisse tomber. Je parviens quand même à placer deux trois idées entre ses monologues. Notamment le fait que les enfants sont stressés comme notre société en général et que certains problèmes sociétaux sont plutôt originaires de là. Mais je parle pour moi-même alors je me tais.


Tout un coup, il me revient une phrase de mon cousin, Olivier, un expat’ longue durée qui a connu la foi chrétienne tardivement. Il y a quelques années, au cours d’un repas de ma famille, il m’avait prévenu : “si un jour tu rencontres un croyant qui ne doute pas de sa foi, méfie-toi.”


Et à ce moment là, ça fait tilt. Il ne doute pas. Je fais plus que me méfier, je pars.


Attention, je ne crois pas avoir rencontré le membre d’un commando terroriste très loin de là. Mais disons qu’en matière de religion comme dans tout, il faut voir plus loin que le bout de son nez. Il faut faire ce que me répétaient sans relâche mes professeurs, notamment mon professeur de Mathématiques que j’ai croisé il y a peu : penser par soi-même. Quoiqu’on vous dise, utilisez votre libre arbitre. Quoiqu’on vous fasse croire, vous avez toujours le choix.

Ce musulman, un peu trop convaincu, m’a parlé du capitaine Coustaud qui aurait découvert quelque chose que le Coran disait depuis des millénaires : l’eau salée et l’eau douce ne se mélange pas. Suite à cette découverte près de la mer Noire, le capitaine se serait converti à l’Islam, déclarant qu’Allah était un précurseur. La dernière phrase qu'il me dit en partant : “va vérifier et tu verras que le Coran dit toute la vérité !”


Après trois clics sur le net, je lis un article qui explique que c’est un argument pour tenter de convertir les non-musulmans. Car le capitaine Coustaud est aussi musulman que moi ! Je mesure que ma rencontre gênante avec ce monsieur au look européen et sur-diplômé est le signe que mon apprentissage sur l'Islam est terminé. Je dois prendre garde de là où je met les pieds. Et surtout que les diplômes et remise en question n’ont rien à voir.


À part parler de religion, j’ai aussi eu l’opportunité de rencontrer des familles Marocaines. Et quelle culture de l’accueil ! Je m’occupe d’écrire la suite ces prochains jours, je prépare en même temps ma valise pour Cuba, c'est la course.


À très vite,


Et surtout...


Prenez soin de vous !


NOUVEAUTÉ LA VERSION AUDIO : https://soundcloud.com/user-567590352/laventure-paisible-episode1




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J'ai décidé de partir faire le tour de moi-même et je vous amène avec moi dans ma folle aventure. 

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